Les jeux de Melchior

J’aurais pu intituler cet article “comment occuper un enfant de deux ans et demi pendant un mois de confinement sans avoir envie de le balancer par la fenêtre dix fois par jour“… Oui, je sais que c’est un peuhardcore d’entrée de jeu mais honnêtement ce n’est pas évident de cumuler en une seule journée sa vie de maman et son travail de journaliste. Parce que le télétravail zen, les cours de yoga/cuisine/couture/maquillage sur YouTube ou la méditation sur Instagram, c’est une douce illusion surtout quand on est parent. Pour commencer, il faut pouvoir gérer intérieurement l’inquiétude que génère cette situation inédite qu’est le confinement, la frustration de devoir sacrifier ses envies égoïstes de chillertranquilou dans le canapé avec un bouquin dans les mains ou tout simplement de… bosser! Pas le temps de (trop) cogiter ni de prendre (un peu) soin de soi quand on vit avec ce petit machin d’à peine un mètre au caractère bien trempé, trop jeune comprendre ce qu’est le covid-19, car s’il est super charmant sur Instagram, c’est un casse-noisettes miniature dans la vraie vie!

Happy kid

La première semaine a été vraiment difficile avec Melchior. Son rythme habituel s’est vu chamboulé: plus de crèche et un papa et une maman à la maison. Un peu comme un très très long weekend. Son sommeil est devenu perturbé et il s’est mis à réclamer que l’un de nous deux reste près de lui le temps de sombrer dans les bras de Morphée, une grande première. Mais surtout, il n’a pas compris pourquoi sa sœur, restée confinée chez mon ex mari, n’était pas là ni pourquoi il ne pouvait pas sortir la voir. Nous avons eu droit à des crises à fendre le cœur parce que Melchior mettait son anorak, prenait la clé de la maison et essayait d’ouvrir la porte d’entrée en pleurant comme une madeleine, en criant Aliiix, en suppliant qu’on aille la chercher. Impossible de lui expliquer que sortir était devenu dangereux donc face à son désespoir, nous avons fait un appel vidéo avec elle pour que frère et sœur puissent être virtuellement réunis. Découvrir le visage de ma grande fille sur l’écran et entendre sa voix a rassuré mon petit garçon et apaisé mon cœur de maman. Même crise pour voir mon frère Lucas, indéniablement l’oncle préféré des enfants et rebaptisé “Kunkass“ par Melchior, et même recours à la vidéo pour consoler les gros chagrins. 

Rockstar
(guitare Vilac)

Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, le salon/salle à manger a été totalement réaménagé en salle de jeux/bureaux. Mickael et moi bossons (ou tentons de bosser…) sur la grande table, divisée en deux zones pour accueillir nos postes de travail. Dans le salon, nous avons poussé le canapé, le fauteuil et la table basse contre les murs pour dégager un espace dédié au petit bordel de Melchior qui navigue entre cette salle de jeux improvisée et sa chambre pour jouer à la dînette avec ma chienne Neus et ma chatte Nayla (les pauvres). L’essentiel se compose de sa grande table sur laquelle il fait ses activités “artistiques“ et déjeune parfois, deux grands bacs débordant de voitures, son vieux trotteur qu’on a surnommé “la tondeuse“, quelques peluches pour la déco, son machin de musique dont j’ignore le nom mais qui diffuse des comptines et berceuses africaines (son méga kif), etc. Là, en théorie, on aurait pu souffler de soulagement en se félicitant d’avoir trouvé la solution pour pouvoir être en famille tout en ayant chacun ses activités, son petit coin à soi… Mais non! Notre fils possède une autonomie d’environ cinq minutes avant de venir me tirer par la manche “viens maman“ et d’insister comme un dingue pour que je m’exécute. Nous aurions pu planifier un emploi du temps strict genre Mickael bosse le matin et moi l’après-midi ou desshifts de deux heures, mais 1) ce n’est pas possible avec Melchior et 2) je me base sur mon inspiration pour travailler et celle-ci ne se commande pas (ou alors je n’ai toujours pas trouvé le bouton…).

L’atelier de notre futur Picasso
(gouaches Bellcolor)

En dehors des inlassables courses de voitures, j’ai mis en place quelques loisirs créatifs basiques qu’Alix adorait quand elle était petite comme les dessins au feutre/crayon/peinture ou la pâte à modeler, des moments qui demandent un minimum de concentration et de patience… Le modèle préféré de Melchior? Je vous le donne en mille: les voitures! Les camions aussi, histoire de rester dans le même registre. Et parfois, si j’ai de la chance, Melchior me demande de lui dessiner ou façonner un avion, une fleur, un escargot, un soleil. Ou des trucs un peu plus WTF comme une carotte bleue… Nous avons aussi peint des œufs pour Pâques, que j’ai préalablement vidés, dont il était super fier. J’avoue que je m’éclate plus que lui et que je dois ravaler ma frustration quand il vient mettre un gros coup de pinceau ou de feutre sur mes petites œuvres.

Les petits œufs de Pâques peints par nos petites mains
(bol Zara Home)

Nous avons la chance d’avoir une grande terrasse et des journées ensoleillées, et ces moments de beau temps (on se serait cru en été) ont été l’occasion de sortir un paquet de grosses craies tout neuf trouvé dans la boîte d’échanges entre voisins (pour une fois qu’ils servent à quelque chose, ceux-là) afin de dessiner sur les dalles en ciment. Melchior s’y est mis timidement mais je crois que ça lui a plu. Sur la terrasse, nous faisons des bulles qu’il aime attraper en riant comme une baleine et qui font aboyer le chien. Il adore aussi pousser sa “tondeuse“ en courant et en criant “attention, attention!“. Neus a failli se faire renverser plusieurs fois… Comme nous ne pouvons plus sortir, mon fils veut parfois que je le promène en poussette… dans l’appartement! Je pense que ce sera un des premiers trucs à faire lorsque nous serons à nouveau libres: faire une longue balade avec la Yoyo, aller rendre visite aux petits moutons de la ferme de Budé avant de nous diriger vers l’aire de jeux du parc Trembley pour des descentes de toboggan plus que méritées!

Promenade en poussette dans la cuisine…
(Babyzen)

Bien avant le confinement, Melchior nous ayant montré un grand intérêt pour les lettres, nous avons acheté des alphabets sous forme de cubes en bois et de livres éducatifs Montessori. Donc, en plus d’avoir énormément étoffé son vocabulaire et amélioré son élocution ces dernières semaines, il a appris à reconnaître et nommer presque toutes les lettres et sait épeler son prénom. Il s’amuse d’ailleurs avec les logos qui ornent les t-shirts de son père. Une autre de ses passions: les livres. Depuis qu’il est tout petit, on lui en achète régulièrement et il a déjà une bonne bibliothèque. Il aime feuilleter, observer chaque détail des dessins, écouter un peu l’histoire. Je dois raconter, pas lire, car il est trop pressé de tourner les pages. Il aime les aventures de Bébé Loup, la collection “Petit garçon“ (j’ai collé une étiquette sur ce titre que je trouve naze… les petites filles aussi ont envie de rouler dans un camion ou voler dans un avion, non mais!), les livres sur les formes, chiffres, noms des animaux.

Intellectuel tu seras, mon fils
(Nathan)

Et sinon, je crois que je n’ai jamais autant commandé de jouets en ligne de ma vie… Depuis la mi-mars, Melchior a reçu l’équivalent de trois anniversaires et noëls, histoire de l’occuper et de le stimuler un peu plus. Tout a commencé avec l’achat d’un mini panier de basket que son père a ramené en faisant les courses hebdomadaires. J’ai renchéri avec plusieurs boîtes de Playmobil® 1-2-3, et Mickael a répondu avec un train Duplo® et son circuit. Et comme il n’a pas fait les choses à moitié, j’ai l’impression d’avoir l’équivalent de la carte des chemins de fer français dans mon salon… Je m’en fous car je me suis bien vengée… Les délais livraisons ont fortement été rallongés puisqu’on est un peu tous comme des cons à faire exploser le e-commerce ces dernières semaines mais j’ai hâte de recevoir le reste du bazar que j’ai commandé pour Melchior et me faire gentiment traiter de folle par mon mec.

Chasseur de bulles

En dehors des jeux, mon petit garçon aime bien participer aux tâches ménagères comme vider le lave-vaisselle, ranger casseroles et assiettes dans les placards, trier les déchets (hé oui!), mettre la table, passer le balai et jouer au petit commis de cuisine. Il se perche sur un tabouret voire s’assied sur le plan de travail et picore dans les légumes détaillés ou malaxe les oranges et me les tend pour que je les presse. J’ai hâte qu’il soit un peu plus grand pour que nous puissions préparer les repas ensemble. 

Avez-vous déjà vu des avions en pâte à modeler aussi moches que les miens?
(Play-Doh)

D’un côté, j’aimerais tellement qu’il retourne à la crèche pour que je puisse souffler un peu, rattraper le retard sur mon boulot ou terminer la biographie de Karl Lagerfeld que je viens de commencer, mais d’un autre… même si je ronchonne souvent, j’adore l’avoir dans les pattes!

Commis de cuisine en herbe

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